Un disjoncteur DC est indispensable entre vos panneaux solaires et l’onduleur. Contrairement aux disjoncteurs AC standards, il est capable d’éteindre les arcs électriques en courant continu, qui ne s’interrompent pas naturellement. Vous devez choisir son calibre en multipliant le courant de court-circuit (Isc) du string par 1,25, et le positionner au plus près de l’onduleur pour la maintenance sécurisée.
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TogglePoints clés à retenir
- Disjoncteur DC obligatoire entre panneaux et onduleur pour la sécurité et le sectionnement maintenance.
- Disjoncteur AC standard ne peut pas couper le courant continu : risque d’arc électrique non-éteint et incendie.
- Calibre DC = Isc du string × 1,25 (facteur de sécurité) ; tension nominale ≥ Voc du string.
- Installation dans le coffret DC, au plus près de l’onduleur, accessible et clairement étiqueté.
- Norme IEC 60947-2 et conformité régionale (France : C60/61 aggravée, NFC15-100 si intérieur).
Beaucoup de propriétaires qui installent un kit solaire plug & play ou une petite installation oublient l’importance du disjoncteur DC. Ils le voient comme un composant optionnel ou une dépense supplémentaire à éviter. C’est une grave erreur. Le disjoncteur DC est un élément de sécurité crucial, obligatoire selon les normes, et c’est aussi le seul moyen de déconnecter les panneaux pour travailler sur l’onduleur sans risque d’électrocution. Comprendre son rôle et le bien choisir peut prévenir un incendie ou une accident grave.
Quelle est la différence entre un disjoncteur DC et un disjoncteur AC ?
La différence fondamentale se joue au cœur du mécanisme d’interruption. Un disjoncteur AC classique (domestique, pour prise 230V) est conçu pour couper un courant qui change de direction 50 fois par seconde (50 Hz en Europe). Quand le courant passe par zéro (alternance naturelle), l’arc électrique entre les contacts s’éteint naturellement, ce qui facilite la coupure. Un disjoncteur DC, lui, doit interrompre un courant qui circule toujours dans le même sens. L’arc ne s’éteint jamais naturellement, il persiste tant que les contacts ne se séparent pas suffisamment et que la tension peut les traverser. Forcer la coupure d’un arc DC demande une chambre de coupure spécialisée, avec extraction magnétique ou par soufflage (arc blowout), pour l’éteindre rapidement. Un disjoncteur AC mis sur un circuit DC échoue généralement à éteindre l’arc : le courant continue, la paire de contacts surchauffe, puis c’est l’incendie.
Deuxièmement, la tension nominale diffère. Un disjoncteur AC 230V nominal peut avoir une tension d’utilisation jusqu’à 250V sans problème. Mais en DC, un disjoncteur 48V (courant continu nominal) n’est pas sûr pour 600V : il y a trop de distance électrique et l’arc refuse de s’éteindre. Un string solaire de 12 panneaux en série présente une tension à vide (Voc) souvent entre 400 et 500V. Vous devez utiliser un disjoncteur DC homologué pour 600V minimum, parfois 900V ou 1200V selon la technologie (monocrystallin récent, haut rendement). Enfin, un bon disjoncteur DC offre une double polarité de coupure : il sectionne la ligne positive ET la ligne négative du string en même temps, isolant totalement le circuit. Un disjoncteur AC ne coupe généralement que la phase, pas le neutre (ou l’équivalent côté DC).

Pourquoi les arcs électriques en courant continu sont-ils plus dangereux ?
L’arc électrique, c’est la ionisation de l’air (ou du gaz) entre deux contacts sous tension. Quand vous ouvrez un disjoncteur normal chargé, l’arc jaillit un instant entre les lames qui se séparent. En AC, cet arc dure quelques millisecondes (moins de 10 ms typiquement) car le courant s’annule à chaque zéro et l’arc s’éteint naturellement. L’énergie dégagée est faible. En DC, le courant ne s’annule jamais. L’arc persiste, grandit même, dégageant beaucoup de chaleur. Les contacts fondent, le câblage qui alimente l’arc peut aussi fondre. Si le disjoncteur ne parvient pas à éteindre l’arc en quelques centaines de millisecondes, l’énergie accumulée peut être colossale : suffisant pour faire fondre les conducteurs et mettre le feu à l’isolation ou aux matériaux avoisinants. En pratique, un arc DC se maintenant 1 à 2 secondes seulement peut atteindre une température de plus de 6 000 °C, bien au-delà du point de fusion du cuivre (1 085 °C).
Pour les installations solaires, le courant du string est généralement faible (8 à 15 A pour un string petit à moyen), mais la tension est très élevée (400–600 V). La combinaison tension élevée + isolation DC longue peut créer un arc très ténace, presque impossible à éteindre avec un disjoncteur AC. C’est pourquoi les normes (IEC 60947-2, NFC15-100 française) exigent explicitement un disjoncteur DC côté panneaux. Ignorer cette règle, c’est jouer avec le feu, littéralement. Les pompiers constatent régulièrement des incendies de coffrets solaires causés par un disjoncteur AC utilisé à la place du DC, surtout sur installations anciennes ou bric-à-brac.
Comment choisir le calibre d’un disjoncteur DC selon la puissance du string ?
Le calibre d’un disjoncteur est l’intensité maximale qu’il tolère avant déclenchement automatique. Il doit être choisi pour protéger le câblage contre la surcharge, sans couper inutilement. La règle est simple. Calibre = Isc (courant de court-circuit du string) × 1,25. Le facteur 1,25 est le facteur de sécurité normatif. Pourquoi ? Parce qu’il y a toujours une marge : les panneau solaires ne produisent jamais exactement leur Isc nominal dans les conditions réelles; la tolérance de ±3 % sur Isc doit être couverte. Un string de 6 panneaux SunPower 420W, par exemple, a un Isc de ~12 A chacun ; en série, l’Isc reste ~12 A. Disjoncteur = 12 A × 1,25 = 15 A nominal. Le disjoncteur standard immédiatement supérieur (16 A) fera l’affaire. Pour un string de 10 panneaux à 12 A chacun, idem : 12 × 1,25 = 15 A → 16 A standard. Pour un string plus gros, 15 A d’Isc : 15 × 1,25 = 18,75 A → disjoncteur 20 A standard.
| Nombre et type de panneau (Isc par panneau) | Isc du string | Calibre requis (Isc × 1,25) | Disjoncteur DC standard |
|---|---|---|---|
| 4 × 400W (11 A chacun) | 11 A | 13,75 A | 16 A DC |
| 6 × 420W (12 A chacun) | 12 A | 15 A | 16 A DC |
| 8 × 450W (13 A chacun) | 13 A | 16,25 A | 20 A DC |
| 10 × 500W (15 A chacun) | 15 A | 18,75 A | 20 A DC |
Deuxième critère : la tension nominale du disjoncteur DC. Elle doit dépasser la tension à vide (Voc) du string. Pour un string de 6 panneaux × 80 V (Voc chacun), tension du string = 6 × 80 = 480 V. Un disjoncteur 600V DC convient. Pour un string de 10 panneaux × 85 V, cela donne 850 V : vous besoin un disjoncteur 900V ou 1200V DC. Les datasheet des panneaux indiquent le Voc ; additionnez-les. Les normes d’installation AC/DC imposent aussi une marge de sécurité : tension nominale du disjoncteur ≥ 1,2 × Voc du string. Pour 480 V de Voc, c’est 480 × 1,2 = 576 V → disjoncteur 600V suffit juste, 900V est plus confortable. Ne prenez jamais plus bas.

Comment installer un disjoncteur DC dans un coffret solaire ?
L’installation suit des règles strictes de sécurité et de normes.
Positionnement physique. Le disjoncteur DC doit être placé dans un coffret ou armoire électrique fermée, à l’intérieur ou à proximité du local technique. Il se positionne entre la dernière boîte de jonction/connecteur du string (ou du combineur de strings) et l’entrée DC de l’onduleur. Idéalement, le câble DC entre le disjoncteur et l’onduleur ne doit pas dépasser 1 mètre pour minimiser l’énergie stockée en cas de défaut. Une distance jusqu’à 2–3 mètres reste acceptable si le câble est bien fixé et protégé, mais plus court = mieux. Le coffret lui-même doit être sec, ventilé (si onduleur à proximité), hors de portée des enfants et clairement étiqueté « Disjoncteur DC solaire ».
Montage sur rail DIN. Presque tous les disjoncteurs DC actuels se fixent sur un rail DIN standard (35 mm). Vous montez donc d’abord un rail DIN dans votre coffret, puis clipsez le disjoncteur horizontalement sur le rail. Assurez-vous qu’il est bien enfoncé et que le clip de verrouillage est encliquetté. Testez la manipulation sans tension : appuyez sur le levier de commande pour vérifier qu’il s’ouvre et se ferme librement.
Branchement des conducteurs. La ligne positive du string (rouge) se connecte sur la borne d’entrée DC marquée « + » ou « L » du disjoncteur (en haut typiquement, selon modèle). La ligne négative (noir/bleu) se connecte sur la borne marquée « − » ou « N » du disjoncteur DC (attention : ce n’est pas un vrai neutre DC, juste la masse). Un disjoncteur bipolaire coupe les deux ensemble. Utilisez des cosses à sertir adaptées au calibre du câble (par exemple, cosse 16 mm² pour un câble 6 ou 10 mm²) et des vis/écrous M5 ou M6. Serrez modérément (pas trop, risque de casser les bornes). Le couple typique est 2–3 N·m. Les sorties du disjoncteur (bornes bas) se relient par des câbles dimensionnés de la même manière vers les entrées DC de l’onduleur ou, s’il y a un combineur, vers les entrées du combineur.
Protection supplémentaire. Additionnez sur le même rail ou à proximité un parafoudre DC (limiteur de surtension) si votre région est foudroyée ou si vous avez une électricité agricole instable. Certaines normes exigent un parafoudre, d’autres le recommandent fort. Le parafoudre se met généralement après le disjoncteur (côté onduleur). Pour choisir le bon calibre, suivez aussi le guide dédié au parafoudre solaire DC. Assurez-vous qu’il est compatible DC et que sa tension de claquage est légèrement supérieure à la Voc nominale du string.
Étiquetage et accessibilité. Apposez une étiquette durable et lisible à proximité du disjoncteur : « Disjoncteur DC String 1 » (ou quel que soit votre identifiant), le courant nominal en A et la tension en V. Cette info en cas d’incident secours ou maintenance ultérieure. Installez le disjoncteur à hauteur accessible (entre 0,6 et 2 m du sol) pour que quiconque puisse le déverrouiller d’urgence. En France, la norme NFC15-100 impose une accessibilité certaine des moyens de sectionnement.
Quelles normes s’appliquent aux disjoncteurs DC solaires (IEC 60947-2) ?
La norme internationale de référence est l’IEC 60947-2, intitulée « Appareillage de commutation et de contrôle de puissance — Disjoncteurs ». Elle s’applique à tous les disjoncteurs, y compris DC. Pour le DC solaire spécifiquement, les exigences clés sont : (1) Le disjoncteur doit être homologué pour le courant continu (marquage « DC » visible sur la façade). (2) Il doit pouvoir interrompre un courant de court-circuit DC sans endommagement ou feu. (3) La capacité de rupture (« breaking capacity ») pour le DC doit être mentionnée sur la fiche technique, généralement exprimée en kA (kilampères). Pour le solaire, une capacité 6 à 10 kA DC suffit presque toujours (les string solaires ne délivent rarement plus de quelques kA en court-circuit). (4) Le disjoncteur doit avoir une courbe de déclenchement définie (courbe B, C ou D selon le constructeur) ; en solaire, courbe B ou C est standard.
En France, la norme NFC15-100 (installation électrique domestique) s’applique aux installations solaires intérieures. Elle exige un « dispositif de sectionnement DC » conforme au besoin réglementaire de découpure (sectionnement) et de protection. Une circulaire UTE (Union Technique de l’Électricité) de 2015 a précisé que ce disjoncteur doit être DC-rated pour les installations PV. Depuis 2018, l’amendement C77/A2 de la NFC15-100 renforce l’obligation : tout string solaire doit avoir un disjoncteur DC dedié (pas de sharing avec d’autres circuits DC, et pas de disjoncteur AC). Les installateurs RGE (Reconnus Garant de l’Environnement) doivent documenter la conformité avec la norme IEC 60947-2 et NFC15-100 dans le dossier de l’installation fourni au client. En cas de litige ou d’assurance, ce dossier prime : un disjoncteur AC utilisé à tort = non-conformité, possible refus de garantie en cas de sinistre.
Quel disjoncteur DC choisir entre Schneider, Legrand et Hager ?
Les trois grands constructeurs français (Schneider Electric, Legrand, Hager) proposent chacun des disjoncteurs DC pour l’énergie solaire, tous conformes IEC 60947-2. Voici les repères pour bien choisir.
Schneider Electric commercialise les disjoncteurs Acti 9 iC60H DC (ex-multi9). Ils sont très fiables, offrent une plage 6 à 125 A, tension jusqu’à 1200V DC. Bien référencés par les installateurs, prix moyen à un peu cher. Alternative « entrée de gamme » : les iC60H DC version courbe D (moins sensibles aux appels de courant si pompe de piscine solaire, par exemple). Legrand propose la gamme DX-IS (sélective, pour combineurs). Pour un seul string, le DX³ E suffit largement (6 à 63 A, 600V DC). Tarif très compétitif, fiabilité éprouvée. Hager de son côté possède la gamme MU-DC (modulaire, conviviale), disponible de 6 à 80 A, jusqu’à 600V DC. Également fiable et bien acceptée. Pour un particulier, mes trois recommandations simples sont : (1) Vérifiez le calibre requis d’après votre string Isc × 1,25. (2) Choisissez tension ≥ 600V DC (sauf très petit string, ≤ 200V, rare). (3) Préférez un fournisseur local ou un électricien qui en a des stocks (Legrand ou Schneider généralement dispo partout). (4) Ne chinez pas sur le prix : 40–80 € d’économies sur un disjoncteur DC n’en valent pas la peine si on doit changer après un défaut. Tous les trois sont sûrs et durent 15+ ans.
Un dernier conseil : lors de l’achat, demandez au vendeur la fiche technique. Vérifiez-y que le disjoncteur est homologué « DC » et que la capacité de rupture est ≥ 3 kA DC (standard pour solaire). Évitez les marques discount inconnues trouvées sur sites chinois : homologation douteuse, capacité de rupture inexistante ou mensongère. En électricité solaire, c’est un domaine où la qualité du composant détermine votre sécurité. Un disjoncteur DC fiable vaut bien son prix, car il vous évite un incendie et des poursuites d’assurance.
Questions fréquentes
Pourquoi ne peut-on pas utiliser un disjoncteur AC classique côté DC solaire ?
Un disjoncteur AC standard n'est pas conçu pour couper le courant continu. L'arc électrique DC ne s'annule pas naturellement à chaque alternance comme en AC, ce qui empêche l'extinction de l'arc et peut provoquer un incendie. Seuls les disjoncteurs homologués DC (marquage 'DC' et double polarité) sont conformes et sûrs.
Quel calibre de disjoncteur DC choisir pour un string de panneaux solaires ?
Le calibre s'obtient en multipliant le courant de court-circuit (Isc) du string par 1,25 pour le facteur de sécurité. Pour un string de 6 panneaux à Isc = 10 A, le disjoncteur DC doit être calibré à 12,5 A minimum, soit un standard 16 A. La tension nominale doit également dépasser la Voc du string.
Un disjoncteur DC est-il obligatoire sur toute installation solaire ?
Un dispositif de sectionnement DC est obligatoire entre les panneaux et l'onduleur pour permettre l'isolation lors de la maintenance. Le disjoncteur DC remplit ce rôle tout en assurant la protection contre les surintensités. Sans lui, toute intervention sur l'onduleur est dangereuse car les panneaux sont toujours sous tension.
Où positionner le disjoncteur DC dans l'installation solaire ?
Le disjoncteur DC doit être placé dans le coffret DC, au plus près de l'onduleur, entre le dernier connecteur MC4 et l'entrée DC de l'onduleur. Il doit être accessible pour la maintenance et clairement identifié. La distance avec l'onduleur ne devrait pas dépasser quelques dizaines de centimètres.